Europo – La construction d’une langue Européenne

Depuis l’effacement du latin, la nécessité d’une langue internationale a été ressen­tie par les plus grands esprits, en premier lieu par Descartes et Leibniz.

La première question qui s’impose est : »Pourquoi le latin a-t-il été rejeté? »

En fait, avant d’être officiellement abandonné, il était ignoré de la majorité des peuples européens, même de ceux dont la langue était un pastiche à dominante latine. Son abandon n’a donc guère qu’entériné une situation de fait.

Les projets de construction européenne donnent au problème une pressante actualité à laquelle les politiciens ont pensé répondre en adoptant l’anglais comme langue internationale .Ils ont pensé faire preuve de réalisme en tenant compte du fait que l’an­glais est bien actuellement la langue de plus grande diffusion mondiale.

Mais ils ont commis une lourde erreur. Car la diffusion de cette langue n’est pas due à des qualités de facilité, de précision et de clarté; elle est due à l’ancienne puissance de l’empire anglais relayée par celle des USA après .1a seconde-guerre mondiale. Pour une raison analogue le français connut une grande diffusion au 18ème siècle au point que Leibniz écrivit son œuvre en français pour être compris du plus grand nombre possible d’esprits instruits. Langue officielle de l’empire autrichien, puis du COMECON ou marché commun soviétique, l’allemand est la langue la plus connue en Europe centrale, en Europe de l’Est et en Turquie. Mais ni le français, ni l’allemand n’offrent les qualités de clarté et de facilité qui manquent à l’anglais.

Force donc est de se pencher sur le problème des langues dites artificielles. Ce terme est injustement dévalorisant car trois grandes langues au moins sont tout aussi artificielles que l’esperanto et semblables.

Il y a environ trois mille ans, les Brahmanes s’aperçurent que la culture ‘aryenne allait disparaître dans le chaos racial et culturel qui était déjà le fait de l’Inde. Ils créèrent alors le sanscrit, langue de recollection et de compromis, mais d’une logi­que sans faille et qui sauva la culture aryenne, qui reste trois mille ans après son élaboration la langue de tous les Hindous cultivés.

Le français est une création des poètes de la Pléiade, améliorée et fixée par Vauge­las et les grands écrivains du 17ème, du 18ème et du 19ème siècle. La généralisation populaire de son usage n’a été accomplie qu’à la fin du 19ème et au début du 20ème.

L’allemand est essentiellement une création de Luther à partir de l’idiome de la cour impériale de Prague et des déclinaisons latines.

Rejetons donc les préjugés contre la démarche synthétique dans la création d’une langue.

Parmi la bonne cinquantaine de tentatives qui ont eu lieu depuis plus de 400 ans, l’esperanto est la plus connue. Je me suis donc prioritairement penché sur cette langue et j’ai vite reconnu les raisons de son insuccès: malgré des simplifications logique­ment dangereuses, cette langue reste assez difficile.

J’ai donc longuement réfléchi au problème (pendant plus de 15 ans!) et suis parvenu aux conclusions suivantes :

1) Une langue synthétique porteuse d’avenir ne doit sacrifier ni la précision, ni les concepts fondamentaux communs à tout le genre humain (genre et nombre entre autres).

2) Elle doit tirer sa facilité d’une logique sans faille, surtout d’une orthographe phonétique et d’une grammaire sans exceptions.

3) Elle doit éviter toutes les difficultés inutiles, n’avoir qu’un type de conjugaison, qu’une forme verbale par temps, le sujet indiquant déjà la personne, comme c’est déjà le cas en suédois.

Tous les mots parents par le sens doivent être basés sur la même racine.

4) Elle doit offrir un bon équilibre des voyelles et des consonnes pour faciliter la prononciation et être agréable à l’oreille.

5) Elle doit éviter homonymes et synonymes.

6) Elle doit tenir compte des mots et racines les plus mondialement connus, de par le langage scientifique (mots et racines grecs, latins et anglo-saxons).Elle doit tenir compte aussi de la diffusion optimale de l’anglais dans le monde et de l’allemand en Europe.

7) Elle doit éviter toute accumulation superflue de signes, par exemple celle d’une déclinaison et d’une préposition révélant l’une et l’autre une fonction. Les déclinai­sons ne seront donc appliquées qu’aux compléments non précédés d’une préposition.

8) La réalisation des simplifications précédentes exige un code, un symbolisme des let­tres préalablement défini.

Ce dernier point sera la clef de notre « europo », la trouvaille qui apporte dans le domaine linguistique une révolution de facilité comparable à celle du système métrique dans le domaine des poids et mesures.

Je sais à quels préjugés et aussi à quels obstacles économiques ma proposition ne peut manquer de se heurter. Je sais aussi que l’échec de l’esperanto n’est pas du seu­lement à ses imperfections, mais surtout à l’apathie et à la paresse générales. Pourtant je reste optimiste. Des centaines d’échecs ont précédé le décollage du premier aéroplane; pourtant on vole aujourd’hui plus vite que le son et à plus de 15000 m d’altitude.

Mon europo n’a pas seulement pour but une facilité de relations entre Européens du monde entier. Il vise aussi à délivrer nos enfants d’efforts fastidieux pour assimi­ler très mal des langues dégénérées et chaotiques, à les préserver d’un danger supplé­mentaire de régression intellectuelle liée à un vocabulaire trop pauvre. N’oublions pas que les mots sont pour la pensée ce que les vases sont pour les liquides. Ils lui donnent la possibilité de précision et de nuance, de mémorisation et de transmission sans lesquelles nous sommes menacés d’un effroyable et incontrôlable chaos.

Avec l’europo, je tente de donner à l’Europe les bases de son sanscrit: quelques milliers de mots fondamentaux à partir desquels tous les enrichissements deviennent possibles. J’en appelle à tous les humains lucides et courageux pour me seconder.

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